… Eh bien, mes amis, je suis d’avis d’empoisonner simplement le roi en lui fourrant de l’arsenic dans son déjeuner...Père Ubu
Quelque part - c’est-à-dire n’importe où - il était une fois - c’est-à-dire qu’on ne sait pas très bien si c’est pour de vrai - un couple d’affreux : mère Ubu et son gros Père Ubu de mari.
Elle est avide, tyrannique, sans scrupules. Il est niais, lâche, grossier. Elle rêve du pouvoir.
"À ta place ce cul, je voudrais l’installer sur un trône. Tu pourrais augmenter tes richesses, manger fort souvent de l’andouille et rouler carrosse par les rues. "Lui, il tuerait pour… de l’andouille. De l’andouille oui !
« Vive dieu ! Voilà qui est noble ! »
PÈRE UBU : Merdre!
MÈRE UBU : Oh ! Voilà du joli, Père Ubu, vous estes un fort grand voyou.
PÈRE UBU : Que ne vous assom’je, Mère Ubu!
MÈRE UBU : Ce n’est pas moi, Père Ubu, c’est un autre qu’il faudrait assassiner.
PÈRE UBU : De par ma chandelle verte, je ne comprends pas.
MÈRE UBU : Comment, Père Ubu, vous estes content de votre sort ?
PÈRE UBU : De par ma chandelle verte, merdre, madame, certes oui, je suis content.
On le serait à moins : capitaine de dragons, officier de confiance du roi Venceslas,
décoré de l’ordre de l’Aigle Rouge de Pologne et ancien roi d’Aragon, que voulez-vous de mieux ?
MÈRE UBU : Comment ! Après avoir été roi d’Aragon vous vous contentez de mener aux revues une cinquantaine d’estafiers armés de coupe-choux,
quand vous pourriez faire succéder sur votre fiole la couronne de Pologne à celle d’Aragon ?
PÈRE UBU : Ah ! Mère Ubu, je ne comprends rien de ce que tu dis.
MÈRE UBU : Tu es si bête !
PÈRE UBU : De par ma chandelle verte, le roi Venceslas est encore bien vivant ;
et même en admettant qu’il meure, n’a-t-il pas des légions d’enfants ?
MÈRE UBU : Qui t'empêche de massacrer toute la famille et de te mettre à leur place ?
Bien sûr qu’on peut en blablater à l’infini : Ubu-Roi dénonce, Ubu-Roi raille, l’ambition démesurée, la griserie du pouvoir, le triomphe de la bêtise, l’avidité sans scrupule ; Oui, Ubu-Roi nous montre tel que nous sommes! Oui, Ubu- Roi est une sacrée satire du pouvoir et de ses folies!
Mais Ubu-Roi c’est tout sauf du blabla. Voilà ce qui me plait en cette oeuvre. C’est une franche guignolade, une farce grotesque et joyeuse avec une action qui virevolte on ne sait comment ni où, un langage outrancier dans la bouche de personnages énormes affublés d’accessoires improbables tout droit sortis d’un imaginaire naïf débordant. La pièce montre du doigt mais elle est charnellement festive. Irrévérencieuse à l’excès… mais c’est pour de rire à s’en faire éclater la panse !
Déjantée ! Telle est l’humeur avec laquelle j’aborde cette mise en scène d’Ubu-Roi. Les Ubus en bikers minables, la famille Venceslas tout droit sortie de Woodstock, une bonne dose de rock, un décor de cubes sur roulettes qui s’imbriquent et se débriquent à vue et à souhait, trois comédiens, onze palotins et… un ours ! Oui : un ours !
Trois comédiens s’y déchaînent tambours battants, donnant corps et voix aux deux affreux, aux usurpés, aux soldats, au peuple, aux nobles, aux magistrats, aux financiers et…. à un ours ! Un vrai carnaval! Dès la première tentative nous avons tous été saisis de l’envie dévorante de ne pas nous en priver et de nous amuser jusqu’au bout du jeu dans cette farce tonitruante et jubilatoire, de par ma chandelle verte, merdre oui !
Violetta Wowczak, metteur en scène
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